L'Opinion publique de Charlie Chaplin.
ADEN | 15.01.04
Dans L'Opinion publique, avec la rigueur épurée qu'avaient atteint certains films muets, Chaplin exprime la désillusion et le chagrin, à nu. Un mélo sec désormais disponible en DVD.
 
A l'entrée du cinéma qui projetait son film, Chaplin, alias Charlot, avait fait apposer une pancarte pour prévenir le public : "Pour éviter tout malentendu, je n'apparais pas dans A Woman of Paris - le premier film dramatique que j'ai écrit et réalisé. " En disparaissant de l'image pour la première fois, c'est comme si Chaplin laissait apparaître toute l'expression des douleurs amoureuses, autrefois tempérées par le burlesque. Certes, The Kid, tourné deux ans auparavant, fit pleurer les foules, mais avec un sentimentalisme appuyé et mêlé de poursuites drolatiques avec l'inévitable policier buté.
 
Dans L'Opinion publique, avec la rigueur épurée qu'avaient atteint certains films muets, Chaplin exprime la désillusion et le chagrin, à nu. Un mélo sec. Une femme devient la maîtresse d'un homme riche par dépit, retrouve son amant, puis le perd... Le passage de la passion à l'indifférence, l'erreur de jugement, l'engagement mal employé... Ce sont les apparences - de la richesse et de l'amour - que Chaplin dénonce. Une obsession qui le poursuit dans sa vie, mais qui, à l'écran, ne ménageant pas les rêves des spectateurs, refroidit d'autant plus le public que le film est fort. On ne l'y reprendra plus. Chaplin revint aussitôt au miraculeux équilibre qu'il avait su trouver avec Charlot, boule affective égarée dans un monde mécanique et froid. Mais on connaît tant La Ruée vers l'or et Les Temps modernes que l'on peut aujourd'hui, avec distance, découvrir ce drame de la passion. Si beau, car parfaitement moderne dans sa réalisation, qu'il permet de reconsidérer le cinéma de Chaplin sous un nouveau jour : dur et sévère. Et déjà férocement critique envers la société, et ses opinions prêtes à l'emploi pour le plus grand nombre.
Philippe Piazzo