Un jour, une histoire : "Charlie Chaplin, la légende du siècle" 13 mai 2014

Le magazine de Laurent Delahousse se penche ce soir sur le cas Charlot.

Charlie Chaplin dans "Le dictateur" DR
Charlie Chaplin dans "Le dictateur" DR

 

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Le 7 février 1914, le président Poincaré faisait l'éloge de l'aviation militaire, "l'Epatant" publiait "les Nouvelles Aventures des Pieds Nickelés", un député proposait de remplacer les pigeons voyageurs par des corbeaux pèlerins, l'émir Abdallah s'abouchait avec lord Kitchener, et Maurice Chevalier jouait dans "le royaume nain de Lilliput contre Gigas le long, prince des géants", film Pathé réalisé "avec la plus nombreuse troupe de nains du monde". Le monde était en paix (pour peu de temps).

Sur les écrans, un vagabond sur une piste de course tentait de s'interposer entre la caméra et les pilotes de voitures : c'était "Charlot est content de lui", suivi quelques jours plus tard par "l'Etrange Aventure de Mabel". Dans le premier film, Charlot recevait bourrades et coups de poing, semait la zizanie dans la course, agitait sa badine et agaçait tout le monde. Dans le second, bourré comme un oeuf, il poursuivait une jeune femme jusqu'à ce que celle-ci se cache sous le lit d'un homme qui... Charlot est apparu ainsi, avec une redingote usée, un gilet de maître d'hôtel, des croquenots de géant et des manières d'aristocrate de la dèche. Il eut un succès immédiat. On l'adora. Charlot enthousiasma tout le monde.

Gamin des rues

Le génie de Charlie Chaplin est d'avoir pioché dans sa propre vie. Enfant délaissé, fils d'une mère folle, gamin des rues dans un Londres misérable, il a survécu d'expédients, et s'est inventé lui-même. Clown, jongleur, duettiste, danseur, il a tout fait, dans les bas-fonds du show-business. Puis, à son arrivée en Amérique, le personnage du vagabond est apparu à Chaplin dans un éclair : "Je n'avais aucune idée de ce que je devais choisir. En allant me costumer, je me suis dit que je devrais mettre des pantalons trop larges, des grandes chaussures, une canne et un melon. Je voulais que tout soit contradictoire : le pantalon tombant, la redingote serrée, le chapeau trop petit, les chaussures démesurées. A la seconde où je fus habillé, le costume et le maquillage me firent sentir qui j'étais instantanément. Quand j'entrai sur le plateau, le personnage était entièrement là."

Depuis ce 7 février 1914, Charlot ne nous a plus quittés. Et le succès a été cosmique. Le cinéma muet a sombré, comme un continent perdu. Qui regarde encore les drames, les mélos, les séries des années 1920 ? Mais les films de Chaplin demeurent. Il a été le bouffon ardent, le chemineau universel, le poète de la saga des pauvres. Sous la moustache, un Homère farceur.

François Forestier