Un voile se lève sur le monde de Chaplin

Avant-premièreIl reste 32 jours avant l’ouverture du Musée dédié au célèbre hôte de Corsier.

Pour faire revivre l’univers de Chaplin, rénover et agrandir le Manoir de Ban et ses dépendances, 40 millions de francs ont été investis, dont une dizaine pour la partie muséale et l’accueil des visiteurs.

Pour faire revivre l’univers de Chaplin, rénover et agrandir le Manoir de Ban et ses dépendances, 40 millions de francs ont été investis, dont une dizaine pour la partie muséale et l’accueil des visiteurs. Image: DR

 

Il faut encore un peu de fantaisie pour s’imaginer ce que sera Chaplin’s World, le seul et unique musée au monde dédié à Charlie et à Charlot, qui ouvrira ses portes au public le 17 avril au Manoir de Ban. Mais les promoteurs – qui ont reçu la presse, hier, à Corsier-sur-Vevey et planchent sur le projet depuis… seize ans – sont confiants: tout devrait être prêt d’ici à 32 jours.

Sur les quatre chantiers en ébullition (la maison où vécut Chaplin avec sa dernière femme et ses huit enfants, le parc, la ferme et le studio, seule construction entièrement neuve), les ouvriers, peintres, électriciens, éclairagistes et les équipes de scénographes s’activent encore dans tous les sens. Pour installer les décors qui ont été préconstruits par une entreprise spécialisée à Turin. Pour préparer les ambiances où se dressera la trentaine de statues de cire imaginées par les équipes du Musée Grévin. Pour recréer, sur 500 m 2 à travers le manoir, l’univers intime où l’homme passa les vingt-cinq dernières années de sa vie et, sur deux étages dans le «studio hollywoodien», un parcours immersif qui conduira le public sur les pas du pantomime comme sur ceux de l’acteur-réalisateur-scénariste-producteur-compositeur.

Le visiteur est l’invité de Chaplin

«Le public entrera dans la maison comme s’il était invité par Charlie Chaplin lui-même, explique Yves Durand, l’un des concepteurs du projet de musée. Dans le manoir, on évoque le monde réel. On y retrouvera des objets et du mobilier très personnels qu’il affectionnait et on abordera des volets privés et publics, comme ses voyages et sa popularité, les scandales qui ont entouré sa vie parfois sulfureuse, son expulsion des Etats-Unis et son amour pour la Suisse.» Sans la moindre censure formulée par les descendants. «A aucun moment nous n’avons viré à l’hagiographie. Mais la seule exigence de la famille, qui a ouvert ses archives personnelles, s’est fixée autour de la véracité historique de tout ce qui est raconté à travers le musée. Pour nous, cette rigueur scientifique et la recherche d’authenticité sont même devenues une véritable obsession qui a fini par guider toute la conception de l’exposition», assure le passionné.

Cette première étape de la visite permettra au public de traverser la bibliothèque où le maître aimait se réfugier, le salon où il recevait les célébrités du monde entier, ainsi que la salle à manger où la famille se réunissait à heures fixes. A l’étage, la chambre d’Oona jouxte celle, toute en simplicité, où l’artiste s’est endormi le 25 décembre 1977, et d’autres pièces plus thématiques retraceront, en filigrane et à l’aide d’archives filmiques et photographiques, un siècle d’actualité. «Raconter la vie d’un tel homme, c’est raconter un siècle d’histoire mondiale. On a oublié, aujourd’hui, à quel point il était adulé partout où il allait, à quel point, sous couvert d’humour, il a traité dans ses films certains des plus sérieux sujets qui ont jalonné le XXe siècle.»

«On rendra hommage au génie du septième art en décortiquant son art et en faisant revivre tout ce qui fait désormais partie de l’inconscient collectif et du patrimoine de l’humanité»

Après le réalisme au manoir, place à la fantaisie du celluloïd. Dans le studio – le clou de la visite –, le visiteur pourra s’immerger dans l’œuvre de Chaplin et un siècle de cinéma. Sur 1350 m2, huit étapes documentaires ou poétiques ont été imaginées par le scénographe François Confino, avec un théâtre de 150 places, un cirque en hommage aux acteurs du muet et, surtout, la reconstitution d’un plateau de cinéma et de plusieurs rues où se dresseront les décors et les personnages les plus célèbres, puisés dans les 81 courts et long métrages de Chaplin. Le public tanguera dans la cabane en bois de La ruée vers l’or, découvrira les rouages des Temps modernes, traversera La banque, se fera raser chez le barbier du Dictateur… Et les fétichistes du maître découvriront le costume original de Charlot, les premiers contrats signés à Londres, puis à Holly­wood, des Oscars, des scénarios manuscrits… «On rendra, ici, hommage au génie du septième art, résume Yves Durand, en décortiquant son art et en faisant revivre tout ce qui fait désormais partie de l’inconscient collectif et du patrimoine de l’humanité.» Sur un mode ludique et avec un fil rouge d’un bout à l’autre de la visite: «L’envie de déclencher toutes les trente secondes un sourire sur le visage des visiteurs. C’est quand même l’univers d’un clown que le public découvrira.» (TDG)